Quel auteur peut prétendre n’avoir jamais été confronté à ce sentiment d’imposture ? Qui n’a pas ressenti un jour cette impression que le résultat obtenu était trop beau pour résulter de son travail, qu’il était le fruit d’un cumul de coïncidences et de chance ? Qui ne s’est pas senti mal en entendant des compliments, les estimant immérités, disproportionnés ?
Pourtant, ce sentiment d’imposture est rarement fondé. D’une manière générale, rien n’arrive par hasard ; les réussites encore moins. Pourquoi s’accroche-t-on à ce point cette perception réductrice de soi ? Que craint on de la réussite pour la reporter à ce point sur les autres ? En quoi seraient-ils plus méritants ?
Comme j’ai (enfin !) fini par comprendre qu’il est impossible de plaire à tout le monde, j’ai eu une illumination : dans la mesure où il existe autant de talents que d’individus, chacun est l’imposteur de quelqu’un d’autre mais il est toujours possible de choisir d’apprécier sa valeur plutôt que de la dénigrer.
Pour en finir avec ce syndrome ravageur, il est indispensable de passer par différentes étapes – quitte à y repasser régulièrement pour s’assurer d’avoir bien compris à quel point chacun est génial à sa manière.
Tout d’abord, il est essentiel d’identifier ce syndrome et d’admettre qu’on en est atteint. Typiquement, j’en suis l’incarnation. Toute ma vie, j’ai utilisé des « personnalités » différentes au travers desquelles être les « moi » qui réussissaient. Il y a eu la « moi » éditrice dans une grande maison d’édition, la « moi » avocate etc. Toutes ces identités me permettaient de prendre de la distance vis-à-vis du succès, et je me complaisais à admettre ce qu’on me disait : ma réussite, je la devais à la chance, c’était tout. J’occultais bien volontiers le travail réalisé, même lorsque je lui sacrifiais ma vie, ce qui m’amène au second point : il faut garder confiance en soi et reconnaître sa valeur.
Reconnaître sa valeur, qu’est-ce que cela signifie ? J’admets que cette formule est bien abstraite et qu’on peut lui faire dire ce que l’on veut ; à vrai dire, c’est précisément ce qui m’intéresse. Comment se rendre compte que l’on mérite nos succès si on ne se donne pas la peine de faire un bilan. Dresser un constat final est un bon début mais c’est encore plus parlant au regard des difficultés surmontées, des efforts consentis, des accomplissements personnels réalisés. C’est une manière simple et efficace de constater que, la plupart du temps, la chance n’a absolument rien à voir avec la réussite. Ce que nous obtenons, nous le devons à notre persévérance, à notre acharnement quotidien, aux envies et aux espoirs qui nous portent jour après jour et auxquels on s’accroche sans jamais céder aux désillusions. Exprimer de la gratitude pour des réalisations c’est s’assurer d’avoir conscience de sa valeur et c’est primordial car, comme je vous le disais déjà dans mon post « Parce qu’il n’est jamais trop tard pour réaliser ses rêves », le plus important c’est d’être (et de veiller à rester) le héros de sa propre vie.
Ce sont ces rêves qui doivent s’imposer, ce sont eux qui doivent souffler sur les nuages qui obscurcissent peu à peu notre ciel radieux. J’ai personnellement toujours suivi mes rêves, craignant plus les regrets que les échecs. Ils m’ont toujours permis de développer un esprit de contradiction tel que plus on me répétait que je n’y arriverais pas, plus je m’acharnais à trouver une solution pour le faire (ça me fait vaguement penser à une citation qui pourrait résumer mon existence – pardon à son auteur dont j’ai oublié le nom – « ceux qui doutent sont priés de ne pas déranger ceux qui essayent »). Ainsi, alors que j’étais prédisposée à un métier peu gratifiant, qu’on me promettait un échec cuisant dans mes études, j’ai survolé toutes les difficultés comme pour me prouver que les autres avaient tort. Et c’est bien là mon soucis, je ne l’ai pas fait pour moi. Dans ma quête, j’ai oublié de vivre pour moi, je suis rentrée dans ces cases prestigieuses pour faire mentir ceux qui doutaient de moi ; ce faisant, j’ai moi-même douté de la réalité de cette existence et de mes réelles capacités… C’est pourquoi il est essentiel de faire les choses pour soi et de veiller à conserver une démarche positive empreinte de gratitude. Finalement prouver aux autres qu’ils se trompent n’apporte rien, tandis qu’éloigner ses propres doutes, ses envies autodestructrices et se concentrer sur le meilleur assure de parvenir à ses fins et surtout d’avoir un mental parfait pour savoir apprécier cette victoire personnelle.
Enfin, il est évident qu’il faut bannir deux comportements qui au lieu de nous donner des ailes nous les brulent chaque jour un peu plus : d’une part, il est essentiel de s’autoriser d’échouer et d’autre part de cesser, définitivement, de se comparer aux autres.
La phase d’échec est primordiale car c’est d’elle que dépend notre apprentissage (on dit souvent d’ailleurs que les meilleurs sont ceux qui ont le plus échoué et que c’est grâce à ces milliers de tentatives avortées qu’ils ont découvert autant de manières de na pas faire avant de découvrir celle qui fonctionnerait). D’ailleurs, ne dit-on pas que les bonnes décisions résultent de l’expérience mais que l’expérience est la conséquence de mauvaises décisions ? L’échec n’en est un que si on lui donne une telle valeur. Si on se borne à le positiver, on constate qu’il permet de s’améliorer, d’être plus précis dans son travail et dans ses attentes et donc de mieux apprécier le résultat suivant.
C’est aussi en cela que se comparer est inutile voir dangereux. Comment comparer des résultats alors qu’ils n’ont rien en commun ? Que les démarches qui les ont engendrés sont distinctes ? J’en viens cette fois à mes romans. Pour beaucoup, ce sont des histoires sympa, sans grande qualité littéraire (au sens artistique). Peut être est ce effectivement le cas, mais cela a-t-il vraiment de l’importance dans ma démarche ? Non, et je vais vous expliquer pourquoi. Mon projet, c’est de raconter des histoires afin de faire passer un message : j’accorde à mes textes un sens pratique plus que littéraire (pour autant, j’accorde une importance particulière à la qualité rédactionnelle). Il s’agit d’un message d’espoir, pour ceux qui se sentent seuls, incompris ou qui recherchent justement quelqu’un qui, comme eux, a du mal à trouver sa place dans ce monde où on ne vous laisse comme choix que de rentrer dans une case ou une autre. Alors oui, mes histoires sont tragiques (presque toujours), mais elles diffusent cet espoir, destiné à ceux qu’on désigne sous le terme « young adult » (comprenez la tranche 15-35 ans). Il ne sert à rien pour moi de me comparer à de brillants auteurs dont la qualité littéraire supplante tout ce que j’écrirais jamais, je ne ferais que de me faire du mal et je risquerais de me détourner de mon but alors qu’il pourrait tout à fait être atteint et apporter autre chose que ce que ces auteurs offrent déjà eux même.
Dans ce monde, le maître mot est la complémentarité. Nous nous efforçons de l’oublier mais nous ne formons qu’un tout pour cette existence. Ainsi, ma pierre à l’édifice, aussi imparfaite soit elle, est indispensable à la tenue du rempart tout entier et à son équilibre. Si je l’enlève (ou si quelqu’un d’autre enlève la sienne d’ailleurs) tout risque potentiellement de s’écrouler, et c’est pour cette raison qu’il est indispensable d’en finir avec le syndrome de l’imposteur ! Chaque pierre a son importance, que son utilité soit évidente ou plus subtile, voir totalement confidentielle.
Nous sommes tous différents, nous avons tous des talents qui nous sont propres et qui font forcément écho quelque part. Les étouffer, c’est par conséquent se nuire à soi mais aussi aux autres qui pourraient s’en nourrir. Alors, aux oubliettes les imposteurs, osez vous aventurer par-delà vos doutes et la noirceur de ceux qui vous dévalorisent et épanouissez-vous dans la lumière ! Non, le succès n’est pas le fruit de l’alignement des planètes, d’une chance inespérée ou d’une conjoncture particulière, c’est le résultat d’un travail méritant qui apporte nécessairement quelque chose d’important…
