Vous commencez à me connaître, j’aime enfoncer les portes ouvertes, alors je poursuis aujourd’hui avec un thème qui me tient particulièrement à cœur : la bienveillance.
Je suis une personne profondément altruiste et serviable. Oui, j’aime rendre service, aider mon prochain et apporter ma pierre à l’édifice, même dans l’ombre. Mais – ben oui, ça aussi, ça devient récurrent – je suis également d’une honnêteté sans faille ; je ne sais pas mentir et surtout, je n’en ai pas envie.
Ma franchise fait elle de moi une personne qui n’est pas bienveillante ?
Je ne crois pas. À vrai dire, je crois même que c’est tout l’inverse.
Laissez-moi vous expliquer. Prenons l’exemple le plus parlant qui me vient en qualité d’autrice, la bêta lecture. Je suis lue en BL, mais il m’arrive fréquemment (plusieurs fois par mois, si, si) de bêta lire, et j’ai une réputation de… relou. Ben oui, je pinaille, je scrute la moindre incohérence, les formulations maladroites, et fait part de mes doutes comme ils me viennent. Les auteurs que je bêta lis vous le diront, je raconte tout ce qui me passe par la tête, le bon comme le mauvais.
Vous me direz, où est la bienveillance dans tout ça, tu vas décourager ces pauvres gens ! Alors, figurez-vous que si je suis totalement honnête, je ne me contente pas de critiquer. D’ailleurs, je ne formule jamais ainsi, je pose des questions, je suggère, je propose, etc. D’une manière générale, j’accompagne la personne que je lis dans sa réécriture.
Alors oui je suis parfois dure et sans filtre, mais à mon sens, la bienveillance c’est ça. Que se passerait-il si je passais sous silence mon ressenti ? Ma BL aurait-elle la même valeur ? Présenterait-elle seulement un intérêt ?
On en vient à se demander pourquoi les auteurs demandent l’avis de tiers… Pour parfaire leur texte ? Ou gonfler leur ego ? Est-ce que dégommer un texte en BL ne vaut pas mieux que laisser l’auteur se faire démolir par ses lecteurs ?
Voilà pourquoi, à mon sens, la bienveillance n’a d’intérêt que si elle est honnête. Dès qu’elle commence à s’enrober de scrupules, d’encouragements forcés et d’éléments occultés, ce n’est plus de la bienveillance, ça devient du confort, une forme de politesse sans véritable intérêt.
Il faut croire que je ne suis pas la seule à voir les choses ainsi, car la plupart des personnes que j’ai lues en redemandent (vous aimez ça, vous faire fouetter, pas vrai ? :p). Il y a même des auteurs qui ont eu envie de me lire après une de mes BL…
Mais laissons les BL pour parler d’un autre sujet qui me tient à cœur, les commentaires sur les plateformes commerciales. Si dans le cadre d’une relation privée, l’honnêteté totale s’apparente à de la bienveillance, en communauté, je suis moins tranchée, tout simplement parce que les gens ont vite fait de faire des raccourcis. S’agissant des commentaires, il est nécessaire à mon sens, d’être honnête bien sûr – ben oui, c’est une constante – mais de pondérer cet avis en l’objectivant.
Ça y est, je vous ai perdu.
Pourquoi objectiver mon avis puisque je dois être honnête ?
Parce qu’un livre peut souffrir d’avis subjectifs qui n’ont aucun lien avec la qualité du texte. Les conséquences commerciales et d’image peuvent être dramatique alors que le travail de l’auteur n’est pas en cause, qu’il s’agit juste de la sensibilité personnelle du lecteur face à un sujet déterminé. En ce qui me concerne, j’use de critères objectifs pour noter mes lectures et je donne des 5 étoiles à des livres pour lesquels je n’ai pas eu de coup de cœur, simplement parce que je reconnais le travail éditorial derrière le livre. J’objective mes avis, c’est ça la bienveillance.
Voici comment en s’astreignant à toujours être honnête on peut être bienveillant.
Que se passe-t-il si au lieu d’être honnête on se cache derrière une bienveillance de confort ? La réponse est très simple : on cause du tort à la personne qu’on voulait ménager (enfin pour peu que celle qu’on ait voulu ménager soit l’autre bien entendu). Dans le cas de l’auteur, soit il publiera un livre qu’il aurait davantage pu parfaire, soit il se prendra un commentaire en demi-teinte alors que son travail est objectivement bon.
Comme pour tout dans la vie, il n’est en fait question que de dosage…
