PARCE QUE LES AUTO-ÉDITÉS SONT DES AUTEURS POLYVALENTS ET AUDACIEUX, N’EN DÉPLAISE AUX CONSERVATEURS ÉLITISTES

Sans que l’on comprenne véritablement l’intérêt et la pertinence de cette question, L’Obs s’interrogeait cette semaine quant à la menace que pourrait représenter l’auto-édition pour l’édition traditionnelle. Passé la surprise de ce titre putaclic dont le sens m’aurait échappé si je n’avais eu à l’esprit l’élitisme revendiqué de ce milieu, j’ai été sidérée par l’accumulation d’inepties qui s’enchaînent à un rythme effréné dans ce prétendu « reportage » qui n’en a que le nom, à défaut d’être fondé sur des faits et des investigations effectives.

Le « journaliste » s’est contenté d’exposer ses préjugés sans prendre la peine une seconde de vérifier de quoi il retournait, donnant le ton en comparant l’auto-édition à une favela – partialité bonjour – qui déborde de mauvais auteurs qui ont « plus d’idées que de talent ». Il s’est bien donné la peine d’interviewer des auteurs auto-édités – notamment Blandine P. Martin (@blandinepmartin) pour mieux déformer ses propos, les dénaturer et les sortir de leur contexte.

Commençons par le début. Le « journaliste » a cru opportun de comparer l’auto-édition à une « jungle où l’on voit rarement la lumière du jour ». Pour enfoncer le clou de sa maladresse et s’assurer que cette phrase incompréhensible trouve un sens, il a cru bon d’aussitôt préciser qu’elle regorge de « romans ni fait ni à faire, qui exploitent des thèmes à la mode, dominant largement le marché »

Là, sans même avoir ouvert l’un des bouquins dont il parle, le type se permet de prétendre que tous les autoédités (AE) sont incompétents, qu’ils ne maîtrisent pas leur domaine d’activité et qu’en plus, ils saturent le marché de leurs romans de mauvaise qualité (à laquelle il ajoute le plagiat universel). Ce qu’il se garde bien de préciser – en même temps comme il ne sait pas de quoi il parle, il n’a pas pu le constater – c’est que les AE et les maisons d’édition (ME) s’offrent les services des mêmes prestataires, qu’il s’agisse des correcteurs, maquettistes, illustrateurs, imprimeurs, etc. Ce qu’il oublie en outre de relever – et je prends pour témoin les chroniqueurs qui en font les frais – c’est que de grandes ME se passent parfois de ces services quand les AE s’y astreignent la plupart du temps et qu’il y a de sacrées pépites chez les éditeurs aussi.

Quant à l’exploitation des « thèmes à la mode », il semblerait qu’il se berce d’illusions et vive dans un monde fort éloigné de la réalité. Si seulement il daignait enlever ses œillères partiales et juste ouvrir les yeux, il constaterait sans mal que ce sont plutôt les ME (et notamment les plus connues) qui exploitent ces thèmes dans l’objectif avoué de faire du chiffre. D’une manière générale un auteur un peu trop original se fera refouler, car il « ne correspond pas à la ligne éditoriale »  (ben oui, l’édition est un business, il ne faudrait pas heurter le lectorat que ces ME ce sont façonné et dont elles entretiennent l’intérêt à grand renfort de communication aguicheuse, ce qu’aucun AE sur terre ne peut s’offrir).

En outre, et c’est d’ailleurs une des raisons qui pousse la plupart des AE à se lancer en solo, les contraintes en terme de ligne éditoriale sont limitées, et laissent par conséquent une place beaucoup plus grande à l’imagination qui peut s’affranchir des craintes des uns et des attentes des autres. Un AE qui veut écrire, le fait et publie son travail sans se soucier (ou pas toujours) des limites que la société voudrait lui imposer. Un AE qui écrit avec passion prend plus de risque qu’une ME qui réfléchira toujours en terme de profit, mais il le fait, car son expression a du sens et pas celui des billets.

Sans prétendre que l’un supplante l’autre, on ne peut nier une forme de complémentarité qui s’adresse à des marchés distincts (même si rien n’empêche un lecteur de lire l’un et l’autre).

Ainsi cette guerre entre les ME et les AE n’existe pas et n’a pas lieu d’être, elle est crée de toute pièce pour les besoins de la cause de ME qui redoutent de disparaître, car elles sont incapables de se renouveler et de s’adapter à notre société. Le vrai problème qu’elles rencontrent, c’est que les auteurs se détournent d’elles, car ils veulent être valorisés, ne pas être juste un contrat et avoir l’impression de travailler pour eux et pas pour engraisser son prochain. Et cette « fuite de talents » est très très contrariante.

Enfin, privé d’argumentation et dénué de la moindre éloquence, ce « journaliste » a cru bon de nous ressortir quelques débilités de sous les fagots, si peu pertinentes qu’on se demande quel lien elles ont avec sa question initiale.

Rendez vous compte, les AE « vivent souvent en province » les gars, c’est inadmissible que quelqu’un qui ne réside pas à Paris ait le droit de s’exprimer ! D’autant plus que ces gens « ne sont pas du sérail » : allons-y gaiement, il ne masque même plus son mépris et affirme haut et fort que l’écriture doit être exclusivement réservée à l’élite.  Et pour enfoncer le clou, il se tire une balle dans le pied en affirmant que ces auteurs « semblent shootés à la bonne humeur et affichent une mentalité de start-uper » ; en quoi ces constatations à tout le moins orientées empêcheraient quelqu’un d’écrire un super bouquin ?

Et puis, concrètement, c’était quoi la question déjà ? Est-ce que les AE sont une menace pour les ME ? Si les AE sont heureux et vivent du fruit de leurs sacrifices, oui, ils le sont sans doute ! Mais rassurez-vous, grandes ME, il y a de la place pour tout le monde et les lecteurs l’ont compris !

Ce monsieur achève son vomissement par « n’est pas né celui qui trouvera, sur le web, le nouveau Nabokov ». Que dire ? Ce n’est pas en cherchant les yeux fermés, en ayant des idées préconçues, en dégoulinant de cette condescendance répugnante, en se cantonnant à une perception étriquée de la vie et en arborant fièrement les œillères du mépris et des préjugés qu’on peut trouver quelque chose… En ayant catalogué par avance les AE, avant même d’avoir feuilleté la moindre page, il a perdu tout espoir d’un jour trouver une pépite – tant pis, des lecteurs curieux et intelligent, il y en a tout plein qui nous soutiennent.

Monsieur, si vous manquez à ce point d’ouverture d’esprit, de curiosité et de cette folle envie de vivre qui nous anime, n’essayez pas pour autant de nous empêcher d’atteindre les étoiles. Demeurez prisonnier de votre geôle si l’envie vous en dit, vous ne nous cantonnerez pas aux limites de votre esprit limité : à nous l’infini!

Merci à tous les lecteurs d’être là, de nous soutenir, de nous encourager, de nous lire ! Vous êtes super !

Merci à Blandine P. Martin (blandinepmartin), Lucille Chaponnay (@lucille_ch_auteure) et Grégoire Laroque (@grégoirelaroque_auteur) – notamment – d’avoir attiré mon attention sur cette actualité affligeante ! Team AE !

6 commentaires

  1. Merci pour tout ces mots qui font du bien.
    Au moins il aura eu le mérite de démontrer qu’une fois de plus les Auteur(e)s en AE sont solidaires, que nous nous serrons les coudes.
    Perso, j’hésite à pousser un de mes coup de gueule coutumier… Mais ce serait sûrement lui faire trop d’honneur. Ce journaliste à voulu se faire mousser, ce n’est qu’un sombre crétin !

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  2. Eh ben, eh ben, eh ben… J’aurais tendance à dire que c’est parce qu’il n’a pas d’amis pour lui faire des bisous que ce monsieur écrit des articles pareils. Mais on va dire que je suis shootée à la bonne humeur ^^.
    Comme tu le dis très bien, il y a de la place pour tout le monde. Mais entre les copinages des jurys des prix littéraires, le mépris pour les AE, le prix du livre, etc… ça ne donne pas envie de leur confier son manuscrit, si on peut s’en passer.
    Je n’en suis qu’à l’écriture, mais je pense de plus en plus aller vers l’auto-édition directement le moment venu, sans passer par la case « envoi aux ME » (ça me fera des frais de timbres et d’impression en moins, que je pourrai mettre dans une jolie couverture).

    Aimé par 1 personne

    1. Exactement, ce Monsieur manque clairement d’amour!
      J’ai suivi la même démarche que toi. Pendant un an, j’ai rêvé d’être sélectionnée dans une ME et puis un jour j’ai réalisé que je ne les intéressais jamais car j’étais trop particulière et que je n’aurais pas convenu à leur lectorat. Et comme en plus je suis relou pour plein de choses (les couvertures notamment), c’est aussi bien de faire les choses soi-même et pour soi. En définitive, je ne regrette rien, j’ai exactement ce que je voulais et une super communauté autour de moi 😀

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