PARCE QU’EN LISANT ENTRE LES LIGNES, ON ENTREVOIT L’ÂME DE L’AUTEUR

Si on s’interroge peu sur les raisons qui peuvent pousser quelqu’un à lire, – peut-être parce qu’elles paraissent évidentes – je ne connais pas un auteur qui ne se soit déjà questionné quant à ses motivations. C’est LA question que l’on s’est tous posée un jour : pourquoi écrire ?

Il s’agit d’une véritable question à laquelle il n’existe pas une, mais une multiplicité de réponses. A vrai dire, il en existe au moins autant qu’il y a d’auteurs et d’œuvres. Tandis que certains souhaitent se délester d’un sentiment enfoui, d’autres cherchent à faire passer un message ou à partager des valeurs. Il arrive parfois que les motivations soient extérieures, pour satisfaire un public par exemple, ou lui apporter son aide, quand d’autres fois, elles sont inhérentes à celui qui écrit, à ses besoins personnels.

En ce qui me concerne, je crois que l’écriture s’est d’abord imposée comme un jeu (comme beaucoup de choses dans ma vie d’ailleurs). J’ai d’abord dû écrire des textes très précis et pas toujours fun – pour ne pas dire jamais – pour lesquels je devais choisir mes mots avec précision pour en limiter le détournement et les interprétations fantaisistes. J’ai toujours porté une attention particulière aux termes que je sélectionnais et je ressentais une certaine fierté lorsque mes « écritures » portaient leurs fruits.

Et puis, j’ai bifurqué, j’ai emprunté un autre chemin qui m’a permis un mode d’expression plus large : j’ai commencé à raconter des histoires pour faire passer un message. J’écrivais souvent des déclarations d’amour, à la nature, à la musique… Mais parfois mes écrits se teintaient d’impuissance ou d’amertume, et me permettaient de laisser s’échapper un cri de colère ou de détresse. Ils combinaient ainsi l’effet thérapeutique et l’échange. C’était une forme d’espoir.

 Et pourtant, il me manquait quelque chose. Mon écriture est longtemps restée mécanique, démonstrative et logique. Bien construite mais loin du véritable partage, il manquait de place pour l’essentiel : les sentiments. Or, c’est bien des sentiments de l’auteur, de sa capacité à se dévoiler à demi-mots que naissent les émotions du lecteur.

J’ai longtemps cherché où pouvait se trouver cette petite étincelle qui me manquait. J’appliquais les conseils d’auteurs reconnus de mon entourage et pourtant, ce n’était pas suffisant. J’ai fini par lâcher prise ; si je ne pouvais satisfaire mes lecteurs qui trouvaient mon style trop plat, pas assez profond, autant écrire sur des thèmes qui me passionnaient, rien que pour moi. Et comme il n’y a de meilleur scénariste que la vie, j’ai commencé à m’inspirer de l’actualité et de mon vécu pour élaborer des intrigues qui me tenaient à cœur et seraient le parfait vecteur pour mes messages.

Jour après jour, j’ai écrit. Je me suis laissée porter par ces vagues d’inspiration et j’y ai insufflé un peu de moi. En discutant de ces difficultés avec une amie, j’ai compris ce qui posait problème : l’identification. Elle écrivait des textes à la fois simples et universels. En la lisant, chacun pouvait se visualiser à un moment ou un autre de sa propre vie, tandis que dans mes écrits, le côté militant prenait toujours le dessus. Comment fédérer autour d’une volonté de changement ? C’est là que j’ai compris que jamais je n’aurais un public aussi large que le sien. Ses textes étaient réconfortants quand les miens enjoignaient à l’action, jamais ils ne pourraient avoir le même impact. Ils n’étaient d’ailleurs même pas destinés au même public…

J’étais découragée. Elle m’a alors dit quelque chose de tout à fait pertinent : même si mes récits n’étaient pas toujours abordables, ils apporteraient forcément à quelqu’un, quelque part ; peut-être à une personne isolée et incomprise comme j’avais pu l’être… Elle m’a encouragée à continuer et à « y mettre [mes] tripes ». Je l’ai écoutée. Étonnement, mes écrits, aussi engagés soient ils sont devenus beaucoup plus porteurs d’émotions car ils comprenaient une partie de mon cœur, plus seulement ma colère, mais aussi mes craintes et mes espoirs.

Cet acharnement dans la recherche de la perfection m’a appris plusieurs choses. Non seulement, je ne l’atteindrai jamais car il n’y a rien de plus subjectif – et de relou – que la perfection, mais qu’en définitive, ça n’a aucune importance, car elle ne constitue pas la finalité d’un texte.

Dans les enjeux et les conflits des histoires proposées aux lecteurs, c’est un peu de chaque auteur qui transparaît. Parce que les histoires qui nous touchent le plus, qui nous émeuvent, sont celles qui sont les plus authentiques, où l’on trouve une part de vérité si grande qu’elles contiennent en réalité le cœur de l’auteur, les clefs de son identité. Ainsi, si on se donne la peine de lire entre les lignes, de voir au-delà de l’histoire et de son message apparent, d’appréhender les motivations et les sentiments de l’auteur, il est possible d’entrevoir son âme…

Laisser un commentaire