Je me revois encore, lorsque je posais le dernier point de mon tout premier manuscrit, fière d’avoir enfin achevé cette histoire. Je commençais alors à m’interroger sur la suite. Je ne pensais pas aux étapes de perfectionnement et de correction, mais bien à une éventuelle publication, soudain plus palpable au stade où j’en étais arrivée.
J’étais peu convaincue de vouloir dévoiler mon travail mais je m’intéressais néanmoins à la question. Je croyais qu’en couchant mes mots sur le clavier, le plus dur était passé ; j’étais persuadée que l’édition ne serait qu’une formalité. A priori, si tant d’auteurs faisaient confiance aux éditeurs, et leurs confiaient leurs œuvres, il y avait certainement d’excellentes raisons.
J’avais pour exemple principal, la maison d’édition dont j’ai intégré le Comité de lecture il y a deux ans : un modèle de rigueur, d’investissement, d’honnêteté et de professionnalisme. Au service de ses auteurs, l’éditrice a su créer une véritable « maison », propice aux échanges et au développement artistique. J’étais loin de me douter qu’elle faisait office d’exception.
Entourée de plumes reconnues, j’ai eu le loisir d’observer, depuis les coulisses, de curieuses pratiques. Certains éditeurs inconstants opposaient à leurs auteurs des contrats non signés avec force et conviction, à grand coup de chantage affectif et de menace calomnieuse à la réputation. D’autres auteurs infortunés se trouvaient pris en tenaille entre différentes maisons d’éditions, victimes de clauses mal rédigées et d’incompréhension facilement prévisibles mais que pourtant, personne n’avait anticipé.
Et puis, j’ai signé mon premier contrat d’édition. Enfin, en bonne maniaque de la clause et crispée du stylo, j’ai hésité. Ignorant tout du process de signature d’un contrat, l’éditeur m’avait demandé de lui envoyer mon exemplaire, avec un avenant non solidaire mais pourtant crucial puisqu’il me permettait de conserver mes droits sur le texte proposé. Lorsque j’ai demandé à ce qu’il m’adresse cet avenant signé en premier, il a refusé au motif qu’il n’avait jamais procédé ainsi. Comme nous avions des connaissances en commun, j’ai pu m’assurer qu’il ne s’agissait pas de manœuvres mais d’une terrible méconnaissance du droit et de ses exigences. J’ai fini par signer ce contrat et son avenant les yeux fermés, en réalisant que les deux tiers des clauses étaient si mal rédigées qu’elles entravaient leur propre validité.
Malgré tout persuadée que l’édition classique était gage de qualité et de reconnaissance (après tout, si mon manuscrit est choisi, c’est probablement qu’il est bon, non ?), je me suis ensuite renseignée sur différentes maisons d’éditions. Pour la plupart, c’est l’amateurisme qui m’a conduite à prendre des distances. Pour quelques autres, ce sont les pratiques si ce n’est illicites, au moins immorales, qui m’ont enjointe à prendre la fuite. Pour les dernières, les arnaques à peines voilées qu’elles proposaient : les publications à compte d’auteur.
Que l’on soit bien d’accord, si un auteur est prêt à céder ses droits sur son œuvre, alors qu’il en est le travailleur principal, ce ne peut être qu’en échange d’un service ou d’un avantage.
En effet, l’éditeur, s’il est consciencieux, se chargera de faire réaliser une couverture attractive, fera procéder à plusieurs degrés de correction successifs, s’investira dans la promotion etc. Le sacrifice consenti par l’auteur édité – en terme de rémunération – a donc un sens : celui de la qualité et de la visibilité. Dans le cas de l’édition à compte d’auteur, il est demandé à ce dernier de financer lui-même son projet (comme il le ferait en auto édition, voir à des coûts plus élevés) tout en cédant ses droits. Ainsi, l’auteur supporte le risque sans en percevoir le gain potentiel associé. Difficile de trouver un intérêt à cette pratique et donc de la cautionner.
L’objectif de ce billet n’est pas de dresser un tableau exclusivement négatif, mais simplement d’attirer l’attention sur des points déterminants. Il existe bien entendu d’excellents éditeurs aussi consciencieux que compétents, qui prendront grand soin de leurs auteurs. Ainsi, au même titre que les éditeurs choisissent leurs auteurs, il appartient aux auteurs de sélectionner avec sérieux ceux auxquels ils souhaitent soumettre leurs textes.
Et puis, pour ceux plus indépendants et investis, l’auto édition offre une excellente alternative. Non seulement elle assure à l’auteur de satisfaire chacune de ses attentes (même les plus folles) – pour peu qu’il s’en donne effectivement les moyens (eh oui, ça ne tombera pas tout cuit non plus) – mais elle permet au surplus de garder un véritable contrôle sur son œuvre (et accessoirement de pouvoir vivre de son travail).
Il ne reste donc qu’à faire son choix !
Le mien est fait, ce sera l’autoédition, mais attention, j’attache une grande importance à la qualité de mes textes. Je veillerai donc à m’entourer professionnels compétents (et surtout je tâcherai d’écouter leurs conseils ! Comment ça je suis têtue ? :p ).
A ceux qui rêvent de se lancer, je n’ai qu’une recommandation soyez aussi exigeants envers vos partenaires qu’envers vous-même. Ça ne vous garantira pas le succès mais cela vous évitera quelques déceptions !
